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Texte fondateur de l'institut v1.0 publié en novembre 2010.

*Vous pouvez aussi télécharger le texte fondateur de l'institut Prospexia, v1.0, en format PDF.

Mission

Prospexia, un institut de recherche en prospective et en innovation sociale, s’est donné la mission de faire la promotion de l’« écohérence (réf:1) » , un nouveau modèle de fonctionnement de la société où l’économie deviendra cohérente avec l’écologique et le social. La prospective, elle, est un exercice scientifique qui vise à « construire le présent à partir du futur au lieu de le construire comme une continuation du passé (réf:2) ».

En bref

Le présent texte fondateur établit le cadre de référence dans lequel notre organisme compte agir et évoluer. Il comprend les parties suivantes :

Comprendre une tendance historique présente un contexte historique large en esquissant les grands traits de l’évolution tant de l’humanité que de la société lesquels ont menés à un objectif central de croissance qu’il faut changer.

Accepter le changement de tendance campe le problème en donnant un court explicatif sur les phénomènes socio- et politico-économiques inducteurs des changements qui s’imposent.

Repenser la société dans son ensemble explique que le temps est venu d’opérer l’adaptation de la société aux nouvelles réalités qui se dessinent, puis propose des vecteurs de transformation sociale.

Organiser la métamorphose applique une image éloquente de chenille-papillon à la société, image illustrant l’ampleur de la tâche à réaliser, puis souligne l’occasion particulière que le Québec doit saisir et transformer en réussite.

Expérimenter un mode de vie écohérent introduit une plateforme de modélisation technico-fonctionnelle de la société laquelle est proposée à titre de cadre de référence pour outiller la société et lui permettre d’entreprendre son adaptation aux nouvelles réalités planétaires.

Pour conclure lance une invitation aux personnes, qui ont décidé de penser autrement, de collaborer pour bâtir ensemble un futur meilleur à invente.

Comprendre une tendance historique

À l’origine, l’homme n’était pas une espèce particulièrement bien équipée pour assurer sa survie. Toutefois, il possédait deux caractéristiques lui procurant un indéniable avantage à long terme. D’abord, son pouce opposable aux autres doigts le rendait capable de manipuler les objets et, conséquemment, de construire des outils. Ensuite, la faculté du langage lui permettait d’instrumenter les connaissances et ainsi d’accumuler des savoirs. Doté de ces deux aptitudes distinctes, l’homme a pu transformer ses savoirs en savoir-faire et bâtir des sociétés autour d’un assemblage toujours plus grand de capacités d’exploiter son environnement à ses fins propres. Au fil des millénaires, il s’est donc développé et a entrepris la conquête de tous les espaces de la planète.

Il a fallu quelques millions d’années pour que l’humanité atteigne son premier million d’individus, mais seulement une douzaine de milliers pour toucher son premier milliard, ce qui s’est produit autour de 1800. À partir de ce point, la croissance démographique s’est faite de façon vertigineuse. Il n’a pris que 130 ans pour arriver au deuxième milliard, puis une courte période de 30 ans pour parvenir au troisième, en 1960. Depuis, le genre humain croît au rythme infernal d’un milliard tous les 13 ans. En pratique, cette croissance se traduit par l’ajout de 200 000 habitants chaque jour, jour après jour. (réf:3)

C’est le développement successif de la société industrielle (énergie, mécanique), puis de la société technologique (chimie, électronique) qui a permis cette incroyable explosion de la population humaine. Le résultat en est conséquent : nous occupons maintenant tous les territoires possibles et nous exploitons toutes les ressources. En fait, depuis le milieu des années 1980, nous avons dépassé les limites de production de la biosphère sans que le franchissement de ce cap critique ne nous freine, si bien, qu’aujourd’hui, nous consommons 150 % (réf:4) de ce que la planète produit chaque jour, jour après jour.

En d’autres termes, nous consommons notre support vital. Pire, nous consommons les ressources de nos enfants. Les résultats en sont omniprésents : des forêts plus petites peuplées de plus petits arbres, des poissons diminuant continuellement en nombre et en taille, des nappes phréatiques rétrécissant rapidement, des fleuves ne se rendant plus aux océans, des terres arables toujours moins nombreuses et moins fertiles puis, pour couronner le tout, la diversité biologique régressant drastiquement.

Accepter le changement de tendance

Les phénomènes de surpopulation et de surconsommation atteignent une telle ampleur que l’humanité est maintenant à risque. La société, construite avec nos outils et nos savoirs, est devenue d’une telle complexité qu’elle a pris vie. Son développement s’est emballé, entraînant tous les êtres humains dans l’engrenage d’une insoutenable logique de croissance à tout prix. De plus en plus, règnent l’individu et la société au détriment de la communauté. Nous avons perdu notre humanité dans la société. Même la politique se trouve asservie à l’économique si bien que l’homme n’a plus son mot à dire sur la direction que prend
la société.

Nous sommes devenus dépendants du modèle socioéconomique qu’a développé la société occidentale, il faut bien le reconnaître. Nous ne pensons plus que croissance, augmentation du PIB, développement technologique, consommation, prix et profits. Nous sommes devenus tellement obnubilés par le développement de la société que nous avons perdu de vue celui de la biosphère et de l’humanité. Ainsi, la société grandit, mais la biosphère est très malade et le genre humain court à sa déchéance. Cette logique de croissance nous a menés au-delà des ressources de la biosphère, situation précaire qui n’est plus viable. Il en résulte que l’implosion du système est déjà amorcée. Saurons-nous en inventer un nouveau ? Saurons-nous métamorphoser la société pour neutraliser ses effets destructeurs ? 

Le temps presse. En effet, les forces conjuguées du « pic pétrolier » (réf:5)  et de la crise environnementale, d’une part, de l’émergence économique de l’Asie et de la délocalisation qui a rendu l’Occident, déjà surendetté, dépendant de l’Orient, d’autre part, vont provoquer la faillite du système de surconsommation. D’ailleurs, la conviction grandissante chez les citoyens occidentaux, que cette situation ne peut plus durer (réf:6), a déjà déclenché un changement de croyance s’appuyant sur deux éléments importants : le futur n’est dorénavant plus la suite du passé et nous sommes à la veille d’un bris de tendance, d’une discontinuité dans notre mode de vie.

L’Occident doit comprendre qu’avec le pouvoir viennent aussi la responsabilité et l’imputabilité. Nous entamons une période de changements chaotiques qui va nous forcer à redéfinir la société occidentale. Soyons réaliste, ce n’est qu’en changeant la direction du développement pour cibler la performance environnementale et sociale que nous pourrons préserver une influence et un leadership et mondiaux.

Repenser la société dans son ensemble

C’est dans ce contexte inquiétant, voire alarmant, que nous, les membres et collaborateurs de Prospexia, croyons que le temps d’agir est arrivé et qu’il faut entreprendre l’adaptation aux nouvelles réalités à l’échelle mondiale, occidentale et nord-américaine, d’une part et sur les plans économique, industriel, environnemental et social, d’autre part.

Pour agir, nous proposons d’appliquer une stratégie globale appelée l’écohérence. Cette stratégie consiste à adopter, à titre de critère de décision universel, la volonté de « rendre l’économie cohérente avec l’écologique ». Elle implique l’invention d’un système social dans lequel l’amélioration de notre statut social personnel découlera nécessairement d’une action qui augmentera l’efficience du fonctionnement de la société par rapport à la biosphère et à l’humanité.

Ainsi, nous proposons de nous donner de nouveaux outils pour inventer une société dans laquelle :

  • La charte des droits de la personne sera asservie à une charte de ses responsabilités;
  • Le fonctionnement de l’économie contribuera obligatoirement au bénéfice direct de la santé des humains ou de la biosphère;
  • La performance environnementale sera suffisamment élevée pour régénérer la santé et l’équilibre de la biosphère;
  • Le fonctionnement de la société aura pour cible de rendre, équitablement accessible à tous les humains, un bien-être physique, mental et social (réf:7);
  • L’éducation deviendra la priorité de tous les états dans les buts de protéger la démocratie, de réduire la croissance démographique, d’assurer une équité entre les populations ainsi que d’accélérer une dématérialisation de l’économie et de la qualité de vie.

Organiser la métamorphose

Il faut reconnaître que pour réinventer une société capable d’atteindre de tels objectifs, il est nécessaire de passer par un processus de métamorphose qui transformera notre société « chenille », axée sur la croissance, qui se nourrit de la biosphère, en société « papillon », axée sur l’efficience, qui la régénèrera.

Il faut également accepter le fait que, comme dans tout processus de métamorphose, certains organes de la société seront réorganisés en profondeur, d’autres apparaîtront et d’autres, enfin, disparaîtront.

D’autre part, nous croyons, que cette situation sans précédent représente une opportunité unique pour le Québec et qu’il faut réussir à :

  • capitaliser sur notre créativité sociale, économique et industrielle;
  • utiliser notre ingéniosité ainsi que notre capacité exceptionnelle et reconnue de réaliser beaucoup avec peu;
  • exploiter notre culture de coopération;
  • tirer partie de notre faculté de nous mettre à risque;
  • en vue de profiter de cette période de changement, de prendre les devants, d’agir de façon proactive et, ainsi, de nous assurer une plus grande autonomie économique et sociétale dans le futur.

Expérimenter un mode de vie écohérent

Nous proposons donc d’inventer et d’expérimenter, au Québec, un mode de vie écohérent afin d’en démontrer la faisabilité. C’est un défi majeur à relever, mais son succès nous amènera de grands avantages pour consolider et pérenniser une société dont découle notre qualité de vie.

Pour orchestrer l’action, nous utiliserons la prospective scientifique développée par Yves Lusignan. Cette plateforme de modélisation de la société est qualifiée de technico-fonctionnelle parce qu’elle considère deux métamécanismes. L’un est technique en ce qu’il transforme la connaissance; c’est la dynamique d’évolution, considérée comme l’axe vertical en ce qu’il élève le niveau de complexité et de subtilité de la société. L’autre est fonctionnel en ce qu’il transforme la matière et l’énergie; c’est la dynamique d’opération, considérée comme l’axe horizontal en ce qu’il permet à la société d’avancer et de se développer. Ces deux métamécanismes sont complètement interdépendants et imbriqués dans le système complexe autonome, qu’est la société.

Le projet d’écohérence visera donc à concevoir une société qui physiquement nous permettra de diminuer par 10 nos émission de CO2, par 5 notre consommation de ressources et, totalement, notre production de déchets tout en maintenant voir en augmentant notre qualité de vie. Pour atteindre un tel niveau d’amélioration le projet cherchera à provoquer et à instrumenter la transformation de notre perception de ce qu’est la société d’un objet de croissance qu’elle est aujourd’hui à un objet d’efficience qu’elle doit devenir le plus rapidement possible.

Nous devons donc modéliser, le plus précisément et le plus significativement possible, le fonctionnement actuel de la société et, cela, autant dans ses dimensions physiques que cognitives. Cette modélisation doit se faire pour la cinquantaine de sous-ensembles stratégiques de la société qui doivent être métamorphosés pour permettre l’apparition d’une société écohérente. Ces sous-ensembles sont de différentes natures certains étant reliés à des territoires, d’autres à des activités sectorielles et d’autres enfin à des fonctions structurantes de la société. Pour ce faire, une cinquantaine de groupe de pilotage stratégique seront assemblés puis instrumentés pour réaliser, de manière cohérente, cet effort de modélisation et de planification sans précédent pour une crise aussi sans précédent.

Pour conclure

Nous entrons dans une période de changements chaotiques pendant laquelle l’humanité devra ajuster le fonctionnement de la société à sa vision d’elle-même, à sa démographie et aux limites de la biosphère. Il s’agit d’une expérience unique dans l’histoire du genre humain laquelle exigera la construction et le déploiement de modèles de fonctionnement de la société.

Nous proposons, sur une grande échelle, de quitter les manières de faire du passé et d’inventer celles qui prévaudront dans le futur. Nous proposons de penser autrement un futur meilleur.

L’institut Prospexia a donc été créé pour inviter, soutenir et supporter les personnes qui ont décidé de penser autrement et d’entreprendre ce grand voyage vers ce futur à inventer.
 

Réalisation et remerciements

Nous remercions Yves Lusignan de sa participation centrale dans la création de l’institut et la conception du texte fondateur.

Nous adressons également nos remerciements au Comité de travail du texte fondateur composé de Roger Bérubé, Mathieu Corriveau, Geoffroi Garon, Carmen Lachance, Monique Lachapelle, Fabrice LeGonidec, Cléo Maheux et Annie Parent.  Nous soulignons la contribution particulière de Mariette Gagnon.

Nous exprimons aussi notre reconnaissance aux membres du groupe de réflexion qui ont collaboré aux différentes étapes menant à la réalisation du texte fondateur.

Date de publication v1.0
Novembre 2010
 

Liste des références

(réf:1) Concept pragmatique créé par Yves Lusignan, ingénieur et prospectiviste, qui développe, depuis 15 ans, un modèle technico-fonctionnel de simulation de la société. (Terme protégé (MD) pour en assurer l’intégrité)
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(réf:2) BERGER, Gaston, Prospective IN « La Philosophie » (éd. RETZ, coll. « Les idées, les œuvres, les hommes »)
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(réf:3) Selon les données statistiques compilées par la division Population du Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies.
(retour au texte)

(réf:4) Global Footprint Network Annual Report 2009 http://www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/earth_overshoot_day/
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(réf:5) Le « pic pétrolier » (« peak oil » en anglais) désigne le moment où la production mondiale de pétrole plafonnera puis commencera à décliner du fait de l'épuisement des réserves de pétrole exploitables.
(Source : Wikipédia, août 2010) (retour au texte)

(réf:6) Cette conviction a provoqué l’apparition de deux phénomènes sociétaux : l’émergence des « créatifs culturels », puis, avec l’avènement d’internet, celle des « natifs numériques », déclencheurs de la mutation noétique.
(retour au texte)

(réf:7) L’Organisation mondiale de la santé définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cette définition est tirée du site internet de l’OMS : www.who.int/about/definition/fr/print.html, laquelle, dit-on, n’a pas été modifiée depuis 1946.
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